Conte initiatique peul : Kaidara

Publié le par ANATA

 

Voici un conte initiatique peul d'Amadou Hampâté Bâ "Kaidara". C'est un conte aussi bien pour les enfants que pour les adultes où la compréhension du conte se fait à différents niveaux. Vous trouverez également quelques extraits du livre de l'auteur.

 

 

 

Kaïdara raconte le voyage initiatique de trois compagnons : Dembourou, Hamtoudo et Hammadi, rassemblés par le hasard et appelés par une voix invisible à aller vers la rencontre d’un être caractérisé par le puits de la science et la montagne de la sagesse avec pour compagnon un bœuf-porteur.

 

Au cours de leur voyage, ils font des rencontres symboliques et mystérieuses vers la demeure du « lointain et bien proche Kaïdara », dieu de l’or et de la connaissance.

 

Après avoir traversé une multitude d’épreuves, les trois compagnons arrivent dans la demeure de Kaïdara qui les attend. Celui-ci leur offre à chacun d’entre eux un bœuf-porteur chargé d’or et leur dit : « employerz bien l’or que je viens de vous donner, et vous trouverez tout ce que vous voudrez, y compris l’échelle qui grimpe jusqu’au sommet des cieux et les escaliers qui s’enfoncent jusqu’au sein de la terre ».

 

Sur le retour du chemin, les trois compagnons réfléchissent à l’usage de cet or, le premier Dembourou décide d’employer cet or pour devenir un grand seigneur, symbole du pouvoir. Quant au deuxième compagnon Hamtoudo, il décide de devenir un commerçant, symbole de la richesse. Quant au troisième compagnon, il ne recherche ni le pouvoir, ni la richesse, mais simplement la connaissance : connaître la signification des symboles qu’ils ont rencontré durant leur chemin.

 

C’est alors que tous les trois arrivèrent sous le fromager de l’épreuve où ils vivent un homme couvert de haillons qui reste au bord de l’eau immobile.  Hammadi a perçu à travers cet homme, un homme d’esprit. Il se mit à le soigner et à lui donner tout son or contre son enseignement, devant les moqueries de ses deux compagnons.

 

Puis a généreusement offert ces enseignements à ces deux compagnons qui refusèrent.

 

Ces compagnons finissent leur vie ainsi : l’un a été tué par une lionne et l’autre est noyé dans  une rivière.

 

Sur le retour, les trois bœufs chargés d’or reviennent à Hammadi qui retrouve sa femme et son fils sains et saufs grâce à la dernière recommandation reçue : ne pas soupçonner sans preuve.

 

Plus tard, devenu roi, malgré lui, Hammadi reçu la visite de Kaïdara lui-même sous les traits d’un mendiant.

 

A la surprise de son entourage, Hammadi accepte de dîner avec ce mendiant, car il sait au fond de lui que ce mendiant est un homme d’esprit, enveloppé dans un vieux chiffon jeté sur un tas d’ordures au bord de la route pour mieux cacher sa qualité de grand maître et ses vertus de connaisseur.

 

 

 Alors, il demande au mendiant de lui révéler la signification des symboles qu’il a rencontré le long de son voyage en échangeant tout son royaume et de devenir son serviteur.

 

C’est ainsi que Kaidara lui-même révèle les secrets de tous les symboles rencontrés à Hammadi.

 

 

En voici quelques extraits du livre :

 

Chacun des symboles comportent tous deux sens contradictoires : le sens diurne et le sens nocturne.

 

 

le caméléon

 

changer de couleur 

 

Sens diurne : être un homme sociable, plein de tact, capable d’entretenir un agréable commerce avec n’importe qui, un homme qui peut s’adapter aux circonstances et qui adopte les coutumes de ceux avec qui il est en relation.

 

Sens nocturne : hypocrisie, versatilité, changement sans transition au gré des intérêts sordides et de combinaisons inavouables, manque d’originalité et de personnalité.

 

 

« le petit trou, empreinte de pied de biche qui désaltère la caravane : la générosité : tel ce petit trou, l’homme humble et charitable donnera toujours mais ne s’appauvrira point. Qui donne de bon cœur trouvera toujours à donner.

 

….Ceux qui cherchent les honneurs et les profits immédiats sont ils amenés toujours à se disputer, puis à se battre enfin à se terrasser mutuellement pour tomber ensemble dans la disgrâce, sinon la mort.

 

Ce monde est comme un oiseau qui n’a qu’un pied et qui bat de l’aile. Tout homme qui l’aperçoit croit pouvoir s’en saisir, mais l’oiseau bizarre se faufilera toujours entre les pieds du chasseur et ira narguer un peu plus loin. Comme la mort ne peut épuiser l’âme, un seul chef ne finira pas les jours de l’éternité. Si courts ou si longs qu’ils soient, il faut bien remplir ses jours et partir sans regrets de cette terre qui tout en roulant sur elle-même, roule ceux qui veulent la dominer.

 

« le savoir vrai est une étincelle qui vient de très haut. Elle fend l’obscurité de l’ignorance comme l’éclair perce le gros nuage noir qui assombrit la nue. Quand il pénètre une âme, il lui assure joie, santé et paix, trois choses que les hommes ont toujours souhaitées pour eux et pour ceux qu’ils aiment.  La vie a promis par serment que l’existence sera perpétuelle, la mort a juré d’y mettre fin. La lumière dissipe les tènèbres, l’obscurité enveloppe et avale la lumière. Qui des deux aura le dessus ? Quand une famille déplore un décès, une autre fête une naissance. La ruine des uns fait la fortune des autres.

 

 

« les hommes de bien ne proclament pas leurs vertus au son des instruments de musique. Ils gardent leur secret comme une prédestinée garde sa virginité pour un dessein de Guéno. Le sage désirera plutôt apprendre que d’enseigner. Il ne croira jamais qu’il détient le savoir total. Il se considère toujours comme un ignorant et restera tout le temps élève. Il sera assez conséquent pour respecter la vérité des autres et assez conscient pour reconnaître ses erreurs.

 

 

 

 

Publié dans Harmonie de Vie

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